Je n’avais pas du tout l’intention de vous en parler. Mais j’ai lu son billet. Et ça m’a piqué. Un peu.
J’avais commencé un billet là-dessus: quand on n’aime pas vraiment sa mère comme on devrait, comme tous les gens normaux et correctement constitués. La Blonde en parle comme si le sujet était honteux, tabou, douloureux. Je me préparais à vous en parler différemment: je n’ai pas honte vraiment de ne pas aimer ma mère comme il faudrait. Je trouve en fait qu’elle s’est mise, elle-même, les pieds dans les plats. Quand on passe toute une vie à faire le vide autour de soi, il ne faut pas s’étonner si l’on finit seule.
J’avais donc commencé à vous parler de ça, parce que je suis passée la voir il y a quelques jours. Au moment où j’entâmais le troisième paragraphe, une panne d’électricité m’a cloué le bec. Ensuite, quelques finales de patinage de vitesse, de curling et de hockey m’ont davantage intéressée. Puis, je me suis laissée imprégner par plusieurs livres. Du John Updike, du Patrick Dion, du Joyce Carol Oates, du Philip Roth qui m’a d’ailleurs tombé des mains. Puis j’ai voulu me changer les idées alors vendredi, je suis allée passer la journée avec les enfants au Centre des sciences. J’ai vu un très beau film IMAX sur le troublé Vincent Van Gogh. J’étais en sandwiche entre Drama Queen et le Docile qui me faisaient tous deux la baboune. J’avais essayé de leur faire comprendre que j’existais et qu’on n’était pas toujours obligés de choisir le film 3D sur les fonds marins; quelques fois, ça fait du bien de changer, de voir autre chose, d’apprendre. Je ne les avais pas vraiment convaincus et le film non plus. Ils ont détesté.
***
Je me sentais un peu coupable de ne pas avoir téléphoné à ma mère une seule fois depuis Noël. Moi qui avait pris la résolution, il y a un an, de l’appeler à tous les dimanches, j’avais un peu laissé aller les choses, comme ces promesses de mettre moins de sel, de prendre les escaliers au lieu des ascenseurs, de marcher jusqu’au dépanneur. Jeudi, j’ai donc pris mon courage à deux mains et suis passée la voir avec les enfants. Elle avait des petits cadeaux pour eux: des sacs Yves Rocher pour ranger le maquillage et un atlas du Sélection du Reader’s Digest. Nous avons mangé au restaurant et nous avons terminé l’après-midi avec sa propre mère, Adrienne, qui va fêter ses 96 ans. Les deux étaient très contentes de nous voir. J’ai promis de revenir bientôt, bientôt.
Cette visite, qui m’a soulagé côté tête, ne m’a rien apporté côté coeur. Je ne peux que rester indifférente devant cette femme. Je serais allée visiter une des cousines débiles de l’Époux, ou une grande-tante de la fesse gauche qui habiterait Windsor, Ontario, ça ne m’aurait pas fait moins d’effet. Mes visites très pontuelles dans ma Ville Natale s’apparentent à mes rendez-vous chez Volkswagen pour les changements d’huile à tous les 8000 kilomètres. Il faut le faire et quand c’est fait, on se dit : on se revoit dans 8000 kilomètres.
***
Si j’étais une non-mère, j’aurais supprimé mon brouillon de billet. Entre ma mère et moi, il y a le désert. Point à la ligne. Rien de plus à dire. Next topic please.
***
Mais je ne suis pas une non-mère.
Au retour de ma Ville Natale, alors que je roulais sur la 40 dans ma Golf blanche, la neige ne semblait pas vouloir se brancher; au début, elle tombait en peaux de lièvres, puis elle s’est transformée en gros floçons mouillés qui s’écrasaient lourdement sur mon pare-brise et, un peu avant d’arriver à mon village, elle s’est muée en grésil, sec et sonore sur toutes les parois de l’auto.
Durant tout ce trajet humide et gris, je pensais à Drama Queen. Ma fille. Il y a encore quelques mois, je me sentais chez-moi au creux de ses bras maigres. Un peu comme je me sens encore, en prennant le Docile sur mon coeur quand il revient de son cours de karaté et que ses cheveux sentent le petit chien. Ça sent bon. Je me sens chez-moi. Lui en moi. Moi en lui.
Drama Queen change. L’autre jour, j’ai presque eu une attaque en voyant ses nouveaux soutien-gorges sur le dessus de la pile de linge sale. Elle était allée faire une virée au centre d’achat sans moi. Ils étaient bleus, rouges, blancs avec motifs turquoises, rembourés, push-up, avec ou sans dentelle.
Si étrangers. Si loin de moi.
***
C’est pour cela que je vous en parle. J’ai peur. J’ai peur que ma fille me fuit, me délaisse, me purge de sa vie. Avec ses nouvelles rondeurs, ses nouvelles attitudes, ses nouvelles amours. Que je devienne son 8000 ième kilomètre. Le plus cruel des destins.

Ça me parle ce que tu dis.
Parce que même si je ne suis pas éloignée de ma mère comme toi de la tienne, je crois qu’il y a une sorte de distance entre nous (bien que nous nous aimions). J’ai notamment du mal à avoir un contact physique avec elle, autre que la bise du bonjour et du au revoir.
Et tout comme toi, quand je regarde ma petite fille grandir, je ne peux pas m’empêcher de faire le lien avec mes rapports à ma propre mère. Je ne veux pas avoir ce genre de rapport distant avec ma fille plus tard mais j’ai peur que ça se reproduise.
C’est pour cela que je me dis souvent qu’il faut que je répète souvent à ma fille, haut et fort, combien je l’aime, combien je la trouve belle et que je lui fasse des calins. Parce que quand nos enfants grandissent, ils s’émancipent progressivement et les rapports tactiles sont de moins en moins fréquents. C’est dommage.
Je n’ai pas de souvenirs de ma mère me prenant dans ses bras pour me faire un gros câlin. Je veux que ma fille ait ce genre de souvenirs.
Par Céline☼ le 1 mars 2010
à 4:56
La vie n’est pas toujours un éternel recommencement.
Moi ej connais je souci avec mon père. C’est difficile d’accepter de se dire qu’on ne l’estime pas.
Je l’aime car c’est mon géniteur, il arrive à m’attendrir qaud il ne me culpabilise pas. Mais je crois que je n’éprouve pas grand chose pour lui, il vit à 1000 kms, on se tel assez souvent mais je n’ai rien à lui dire.
Quand on se voit 10min suffiraient. Juste le voir, qu’il me serre dans les bras et hop! Au revoir.
Depuis que j’ai compris cela et appris à l’accepter, je vis mieux.
Ha les parents…
Par Alice le 6 mars 2010
à 1:15
Moi c’est pareil. C’est bête que tu habites si loin, on prendrait le thé et on les critiquerait en se racontant leurs pires histoires !!!
Par THECLE LESCINQT le 7 mars 2010
à 5:49
@ Céline: C’est drôle, je n’imaginais pas que tu puisses, toi aussi, avoir une mère “distante”. Peut-être à cause de tes habiletées en tricot et en couture: j’imaginais que ta maman et toi étiez très proches, que tu avais appris tout cela à ses cotés, cuisse contre cuisse sur le canapé.
Ton commentaire me touche aussi. Moi aussi j’ai cherché à compenser avec mes propres enfants en les cajolant beaucoup, en leur disant que je suis fière d’eux et que je les aime. Mais j’avoue que c’est difficile à partir de l’adolescence…mais comme dit souvent une de mes soeurs, quand les enfants ont un bon “fond”, tout se replace quand ils deviennent adulte. Je me croise les doigts! Merci de ton commentaire Céline, je t’embrasse, xx
@ Aline: Je me rends compte que la distance émotionnelle parent-enfant n’est pas du tout rare. Et que, d’une façon ou d’une autre, on en souffre un peu. C’est vrai qu’on vit mieux lorsqu’on l’accepte. Mais ne laisse-ton pas toujours échapper un soupir (d’irritation, de tristesse, de culpabilité) quand on raccroche le téléphone.
Merci de passer chez-moi, xx
Par suzon le 7 mars 2010
à 5:57
@ Thècle: Ne me tente pas, je pourrais bien rebondir à Verte-Ville dans le temps de le dire. Surtout que, depuis ce billet, elle a encore fait des siennes. J’en aurais donc de bonnes à te raconter. Bises, xx
Par suzon le 7 mars 2010
à 6:02