J’ai toujours un peu détesté le patinage artistique. Le maquillage, les cheveux gommés avec du BrylCream (hé, hé je sais qu’il y a mieux aujourd’hui), les costumes avec jupette et faux décolleté couleur peau, sans parler des garçons, pauvres eux, qui finissent toujours par avoir l’air tapette malgré tout ce qu’on peut en dire.
J’ai des amis qui ont une fille, Marie-Ève, qui fait du patinage artistique. À chaque année, on se rend au grand spectacle de la fin de saison, la kermesse de la lame, le Woodstock de la paillette de Pointe-aux-Trembles. Et c’est un vrai spectacle avec décors, éclairage, costumes, présentateur avec micro et DVD souvenir. C’est toujours très beau et très professionnel. Ça demande d’ailleurs beaucoup de travail de la part d’une horde de parents et amis bénévoles qui s’affairent, durant les semaines qui précèdent le big weekend, à coudre, scier, coller, découper, attacher, peindre, apprendre les cues par coeur et tout ça.
Même si, à chaque année, j’applaudis férocement, je ne peux pas ne pas remarquer les cernes et la blancheur du visage de Marie-Ève, sa voix rauque de fille épuisée. Aujourd’hui, elle a 16 ou 17 ans, l’âge des rondeurs et des virées au centre d’achat; je m’inquiète de ses consternants petits bras maigrichons. Elle participe aux compétitions nationales. Elle n’est pas à Vancouver mais des fois, je pense qu’elle a l’étoffe pour y être.
Sa vie ressemble à celle d’un soldat (remplacez le gun par plusieurs paires de patins exorbitants qu’elle doit faire faire sur mesure). Elle suit un programme spécial de sport-études qui l’oblige, bien sûr, à exceller autant à l’école que sur la glace. Après sa matinée compressée de cours, elle quitte l’école pour l’aréna et suis une série d’autres leçons: danse, technique, chorégraphie, vitesse, musculation, étirements et tout ça. Il y a des cours l’après-midi, il y a des cours le soir; entre les deux, une soupe épaissie à la fécule de maïs chez Tim Horton.
Puis il y a des jours de compétition, des fois dans la région, le plus souvent ailleurs, dans d’autres villes ou d’autres provinces. Les parents crachent l’argent (pour les patins exorbitants, les leçons privées, le rouge à lèvres, les tenues et les voyages) et crachent les encouragements. Tout cela demande beaucoup de sacrifices de la part des parents, c’est sûr. Il ne me semble pas les avoir jamais entendus parler d’un voyage depuis 15 ans. Ils font du camping dans une vieille tente-roulotte durant l’été, pendant les deux ou trois semaines de vacances de Marie-Ève.
Marie-Ève semble pourtant aimer sa vie: la pression, la discipline, le dépassement, la douleur, l’acharnement, la recherche de la perfection. C’est, du moins, ce que nous dit sa mère. Mais après dix ou douze ans d’acharnement et d’investissement, Marie-Ève a-t-elle seulement le choix. Et connaît-elle seulement autre chose.
Quand j’ai vu Joannie Rochette effectuer sa performance exceptionnelle à Vancouver, exceptionnelle dans les circonstances évidemment, j’ai revu le visage blême de Marie-Ève. Je l’ai entendu encourager Joannie de sa voix rauque: Courage Joannie, fais le pour elle, fais le pour ta mère !
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J’espère au moins que sa mère la regardait de là-haut. Et qu’elle l’aidera avec tout le pouvoir des anges. Jusqu’au jour où Joannie deviendra, elle-même, la plus forte et la plus courageuse des mères. Elle en a l’étoffe.
Oh, moi aussi j’ai été touchée par la prestation de cette fille. Quel courage !
Je pense qu’elle a patiné “sous le choc”, sans vraiment encore bien réalisé le cataclysme qui s’est abattu sur elle.
Elle n’a pas eu trop le temps de réfléchir entre ces deux “grands” événements importants de sa vie qui ont été tellement rapprochés.
Tiens, ça me fait penser d’un coup à Roland Giraud, un de nos acteurs français, dont la fille a été assassinée il y a deux ou trois ans (je ne sais pas si vous en avez entendu parler au Québec), et qui a quand même assuré sa prestation au théâtre le soir même du drame.
Je pense que notre tête se met en met en mode défense automatiquement, en cas de drame. On essaie de repousser le mal le plus longtemps possible.
Par Céline☼ le 24 février 2010
à 6:22
Salut, C’est moi Marie-Eve et j’ai 14 ans.
Ma vie demande peut-etre beaucoup de sacrifices et d’efforts de toutes ma famille, mais c’est ma passion. C’est vrai que j’ai l’habitude d’etre de couleur blanchatre mais ce n’est pas par fatigue c’est plutôt naturelle chez moi, tout comme ma voie rauque. Au contraire de ce que vous pensez, j’ai une vie assez équilibré. Je vois des amis, je vais magasiner et je fais des activitées extérieures. C.est vrai que je m,entraine beaucoup, mais grace au EXCELLENT REPAS que ma mere me cuisine, j ai la force pour m entrainer durement. C,est mon choix et ouii mon reve est de participer a des Jeux olympiques un jour.
J espere te voir encore cette annee a mon spectacle!
Marie-Eve
Par Marie-Eve Comtois le 2 mars 2010
à 10:43
Merci Marie-Ève de ton commentaire. Je me demande bien comment tu as fait pour me trouver. Un hasard sans doute. Mais il y a tellement de choses sur Internet, et sûrement plusieurs milliers d’articles sur Joannie Rochette, je me demande bien quelle microscopique probabilité il y avait que tu tombes sur mon billet ! Je ne m’attendais vraiment pas à cela !
Merci de rétablir les faits et de mettre les pendules à l’heure. J’appécie ta franchise et j’admire (oui, honnêtement) ton courage de faire valoir ton point de vue. À ton âge, je ne crois pas que j’aurais été capable de faire cela. J’étais beaucoup trop renfermée. J’aime bien voir que tu t’affirmes ainsi.
Mais tu sais, je ne fais pas dans les documentaires ni les articles jounalistiques. Mon blogue est de la catégorie “blogue personnel” ou “billets d’humeur”. Il est donc essentiellement question de mes impressions sur ce qui m’entoure, mes perceptions et interprétations des choses. Ça vaut ce que ça vaut !
L’histoire de Joannie Rochette m’a beaucoup touchée. En tant que maman, je me demandais si la société n’était pas trop exigeante face aux athlètes. Avoue que sa compétition a dû être un véritable supplice. Son destin est fabuleux, mais à quel prix ? Cette réflexion-là m’a mené à penser à toi car c’est vrai, quand je te vois à chaque fin mars, tu sembles si fatiguée: ta fin de saison, la fin du week-end de spectacles (on y va toujours le dimanche après-midi !) et je m’inquiètais un peu. Est-ce trop ? Tu me dis que non et je te crois.
Aujourd’hui, je suis très fière que tu me remettes à ma place (les blogues, c’est aussi un terrain d’échange). Cela me prouve non seulement que tu es assez mature pour faire tes choix mais que tu les assumes entièrement. Là-dessus, je ne me suis pas trompée dans mon texte: tu as véritablement l’étoffe, comme Joannie, pour te rendre au bout de tes rêves, jusqu’aux Olympiques. Et quand ça arrivera, j’applaudirai toujours aussi férocement.
Continue ta route vers ton fabuleux destin,
(et ne t’arrêtes surtout pas à cause des petites réflexions des autres; en passant, c’est vrai: ta mère cuisine TRÈS bien, ton parrain salive encore à la seule pensée du gâteau au fromage).
Suzanne, xx
Par suzon le 2 mars 2010
à 8:05