Je vous parle d’un ordinateur en béquille. Brisé. Handicapé.
Hier soir, l’Époux et moi traînions au salon en finissant notre coupe de vin. Un Château Puyfromage assez ordinaire en plus. Il était un peu tard. On regardait d’un oeil les compétitions de patinage de vitesse en espérant que nos Canadiens aillent chercher une médaille. Le Docile est venu me rejoindre dans mon fauteuil avec un visage qui disait: je suis fatigué mais je ne veux pas aller me coucher. Je l’ai pris dans mes bras et je me suis mise à le chatouiller comme s’il était encore mon petit gars de quatre ans.
Il en a dix. Et il est très très chatouilleux. Alors qu’est-ce que vous pensez. Il s’est mis à gigoter comme une anguille. Ses grandes jambes osseuses de dix ans battaient l’air dans tous les sens. Hi, hi, hi, ha, ha, ha, arrête, arrête, arrête maman, j’en peux plus !
Jusqu’à ce qu’un de ses grands pieds excité finisse par percuter mon verre de vin. Le Puyfromage s’est répandu sur le clavier de mon ordinateur portable (qui était sur la table basse juste à côté) comme un tsunami mauve. Taché, l’ordinateur; taché, le livre de la bibliothèque qui trônait sur la même table basse, ironiquement, le roman “La Tache” de Philip Roth (mon dossier devient de plus en plus épais à la bibliothèque municipale; elles vont bientôt me mettre sur leur liste noire).
J’ai essayé, autant que faire se peut, d’essuyer le clavier et j’ai laissé “sécher” le tout durant la nuit et toute la journée aujourd’hui.
Ce soir, j’ai réessayé le clavier du portable. Rien à faire. Les lettres semblent avoir, chacune, le libre-arbitre . Elles se mettent à apparaître sur l’écran sans que je les touche, dans l’ordre qu’elles décident. J’ai donc ajouté un clavier externe. Je vous écris avec lui en ce moment. C’est mieux. Mais ce n’est pas 100%. De temps à autre, sans crier gare, il me sort une série de ccccccccccccccccccccc impromptus.
Je suis un peu désespérée. Je n’ai ab-so-lu-ment pas les moyens de m’acheter un nouvel ordinateur. Et j’ai une belle semaine de vacances devant moi. Une série de belles matinées que je voulais consacrer à l’écriture. Il va juste falloir que j’écrive des phrases avec beaucoup de cccccccc.
Il y en aura pas de facile.
Je vous laisse. J’ai des” back up” à faire au cas où ma folle machine se mettrait à faire des flamèches.
La machine est malade. une de ces mystérieuses maladies psychiques, c’est sûr. Ca semble difficile à soigner. Avez-vous essayé le chaud du sèche-cheveux ? C’est plus doux que les électrochocs. Mais c’est peut-être trop tard, déjà. Le vin a fait son néfaste effet.
Parlez-lui gentiment, il y sera peut-être sensible…
Par Anne le 24 février 2010
à 2:32