Aujourd’hui, c’était quaisiment péché de rester à l’intérieur. Le soleil était chaud, le vent presque inexistant. L’automne semblait avoir oublié de se montrer la binette ce matin. Une petite chance de dernière minute d’avoir un peu de chaleur avant le début de l’hiver. Je suis donc sortie avec la chienne faire le tour des alentours du village: le long des chemins d’agriculteurs, dans les sentiers qui traversent leurs petits boisés, près de leurs champs abandonnés. Le paysage n’était pas aussi beau qu’en été; le roux, le brun et le taupe ont pris la place des verts riches de la belle saison. Mais j’ai bien aimé d’être là quand même, à respirer l’odeur un peu âcre des feuilles qu’on brûle. Un beau deux heures de détente avant de rentrer à la maison pour aider le Docile à se préparer pour son examen d’histoire: la Conquête Britannique, les Loyalistes Américains, le Traité de Paris et tutti quanti. Voici quelques petits clichés de cet après-midi.
Un autre week end englouti dans la Real Life. Vendredi, j’ai dû travailler car j’avais pris congé mercredi pour me rendre chez le dentiste me faire dire que j’avais besoin de faire réparer trois dents et me faire greffer les gencives par un parodontiste et, aussi, si je pensais que la facture n’était pas encore assez élevée, me faire faire sur mesure une plaque occlusale avec laquelle je devrai dormir pour m’empêcher d’user mes dents (car, paraît-il, je les frotte et les serre même dans mon sommeil).
Et j’avais rendez-vous chez la coiffeuse (enfin!) samedi matin pour enlever un gros pouce de pointes sèches. À mon retour, j’ai eu l’agréable surprise de voir que l’Époux, souffrant d’une énigmatique culpabilité, avait entrepris de son propre chef (!) de débuter le ménage. Cela m’a ravi. Alors je n’ai pas trop cherché à comprendre l’origine de son étrange comportement. Il a terminé le ménage et j’ai pu consacrer le reste de la journée au lavage-repassage, assommante occupation s’il en est une, jusqu’à la tombée de la nuit au moment ou tous nos petits halloweeneux ont commencé à sonner à la porte. Ding dong. On veut des bonbons !
Les petits fantômes fabriqués par le Docile avec des papiers mouchoirs
J’ai donné des bonbons durant deux heures en même temps que je sirotais un petit verre de vin blanc avec une copine (la mère de Charles, le meilleur copain du Docile). On a jasé de son cancer que le chirurgien a enlevé; des traitements de radiothérapie qui s’en viennent; de son soulagement que ce ne soit pas de la chimiothérapie; de la vie, qui nous endort dans une inoffensive routine puis nous réveille d’un coup sec avec sa mauvaise nouvelle, la chienne. On a trinqué à tout cela. Tout cela.
Puis dimanche, un peu du lavage qui reste, une séance de gym, le nettoyage intérieur de mon auto (c’était tellement sale, j’avais honte moi-même de me trouver dedans), un poulet à rôtir, un heure avec le Docile pour préparer deux présentations orales, puis la vaisselle et puis voilà, c’est déjà dimanche soir.
Je m’en veux un peu de ne pas avoir pensé une seule seconde à mon roman, même avec cette heure qu’on a reçue en surplus. Et probablement que Marie, Paul, Fayçal, Thani et Amina resteront encore immobiles durant plusieurs jours. Que voulez-vous. C’est à cause de la RL. Et de l’Époux, Drama Queen et Docile. Mes real personnages.
Je n’ai pas vraiment de grandes choses à dire. Mais ça fait beaucoup trop longtemps que je n’ai écrit ici alors j’ai un petit besoin de me répandre un peu sur mon sofa virtuel. Et de parler à mes ami(e)s éthernets. La dernière semaine a été agréable pour tout vous dire. C était mon anniversaire et j’ai reçu le plus beau cadeau du monde: une tonne de livres. Je contemple ma nouvelle pile de romans et je me sens bien: comme nos grand-mères qui, au lendemain de la grande crise de 29, refermaient la porte de la chambre froide rassurées de voir les rangées de pots de petites fèves, de carottes et de betteraves qu’elles avaient canées après les récoltes. “On va passer l’hiver mon homme”. J’ai une étrange insécurité littéraire; la peur d’en manquer et de ne pas pourvoir survivre à la famine.
L’époux m’a donné un autre cadeau sublime: du temps seule. Il m’a laissé partir samedi matin et s’est occupé du ménage. Il m’attendait vers cinq heures du soir avec le cocktail à la main et sa toque de chef. Il nous a préparé un excellent souper: une fondue chinoise aux viandes sauvages. On a mangé du wapiti, du sanglier et du canard. On a bu un excellent Bordeaux. On a fini cela avec des chocolats noirs. Ce repas était la finale parfaite d’une journée exquise. J’avais traîné un peu dans les magasins, à mon rythme, dans le silence et la sérénité, sans entendre le moindre “Maman, je veux avoir…” Après mon petit magasinage, je m’étais arrêté Chez Cora pour un gros déjeuner (il était presque midi). J’avais ensuite passé l’après-midi dans ma cachette à avancer calmement le roman.
***
Aujourd’hui, lundi, j’ai repris le collier et me suis levée avec les poules pour rentrer travailler. Employée docile, je me suis nettoyé les mains souvent. J’ai passé le petit chiffon Lysol pour désinfecter mon clavier, mon téléphone et ma souris. J’ai promis, la main sur le coeur, d’aller me faire vacciner. Promis, juré. Et j’attends, comme tout le monde, l’apocalypse.
Le week-emd a duré deux jours, comme d’habitude. Mais j’ai l’impression d’être passée dans un trou noir intersidéral, vous savez, le genre de tunnel galactique qui vous aspire et vous fait franchir 200 années-lumière en deux secondes.
D’abord, il y a eu le souper d’hier soir dans ma ville natale. On célébrait la fête de ma mère, 79 ans. On se rencontrait tous dans un restaurant. Il y avait mes soeurs, leurs conjoints, nos enfants et, l’instigatrice de la soirée, grand-maman Adrienne. Ça faisait un sacré bail que je ne l’avais pas vue. On est très parcimonieux avec les rencontres familiales chez-nous.
Sachez qu’Adrienne a 95 ans. Eh ben elle a complètement volé le show. Elle s’est assise à la table des enfants, les a tous conquis, a jasé avec tout le monde avec énergie, se déplaçant d’une chaise à l’autre, alerte et éveillée. Je la regardais et j’étais fascinée: elle n’a pas changé d’un poil. Peut-être a-t-elle le menton un peu plus long qu’avant, et les cheveux un peu plus sel que poivre, mais elle est plus jeune que sa propre fille qui, elle, est restée collée à sa chaise comme un tonneau toute la soirée, enfilant les coupes de vin blanc et attendant qu’on s’occupe d’elle. Adrienne, de son côté, n’arrêtait pas une minute. Après avoir englouti son club sandwich (je suis certaine que si je me rends à 95 ans, je ne serai plus du tout capable de digérer le bacon, moi), elle nous a sorti les histoires de notre enfance, quand elle nous gardait et qu’elle nous inventait toutes sortes de jeux. J’ai fait un saut dans le temps et me suis revue dans sa cuisine de la rue Ste-Julie avec Bobinette, sa petite chienne chiwuawa.
Aujourd’hui, dimanche, retour vers le futur. Des étapes se franchissent. Drama Queen est allée passer son examen d’entrée au collège, “facile, super facile” (on verra ben les résultats dans quelques jours, madame la bolle en math) et le Docile qui a, de peine et de misère, avec quelques larmes et des joues très très rouges, passé sa ceinture mauve au karaté.
Et ce soir, le choc. En allant répondre à une question de Drama Queen dans la salle de bain, alors qu’elle se préparait à prendre sa douche, j’ai vu que des poils commençaient à lui pousser, et drôlement. Comment ai-je pu avoir manqué ça. Comment puis-je me retrouver ainsi, le fait presque accompli.
Déjà, déjà, elle n’est presque plus une enfant. Et le menton m’allonge un peu plus à chaque jour.
Je devrais être au lit à l’heure qu’il est. Mais je ne peux m’empêcher de venir faire un petit tour ici avant. Un tout petit billet pour vous dire que j’ai été absente ces derniers jours. En fait, j’ai (encore) passé le long week-end à New-York. Partie vendredi dans la nuit avec soeurette et nos chums dans la grosse pomme. Revenu la nuit dernière. Ouf, trois jours bien trop courts.
Nous sommes allés au Metropolitan Museum, avons marché dans Central Park, fait notre petit pélerinage de sacoche dans Chinatown, flâné puis mangé dans la Petite Italie, remontés jusqu’à Union Square, pris une foule de taxis jaunes, vu le site de tournage d’un feature film, revu Ground Zero qui n’est maintenant plus un trou mais un véritable chantier de construction qui regarde vers le haut, été émerveillés par les lumières de Times Square, avons entendu mille sirènes et vu mille véhicules d’urgence, mangé un hot-dog, debout, sur le coin d’une rue ensoleillée, avons usé nos semelles du matin au soir et sommes revenus dans un Montréal frigide avec les pieds en compote, la tête pleine d’images et le coeur gonflé de l’espoir de repartir bientôt.
Aujourd’hui, un de mes patrons est entré dans mon bureau en toute hâte.
– Suzon, je viens de recevoir un courriel de Toronto (le siège social). Ils veulent savoir si tu veux un deuxième écran.
– Un deuxième écran, mais de quoi parlez-vous ?
– Ils veulent savoir si tu as besoin d’un autre écran pour ton ordinateur.
– …
Mon patron, voyant mon air (bête) et ma bouche toute grande ouverte, m’explique:
– Le head office voudrait augmenter la productivité. Ils voudraient savoir si, avec deux écrans, tu pourrais travailler plus vite. Tu pourrais avoir deux logiciels en même temps et passer plus vite de l’un à l’autre.
– Bah oui. Si vous me donnez un deuxième clavier et, oh, pendant que vous y êtes, j’aimerais bien deux autres mains et un second cerveau. Je pourrais faire deux études de marchés pour le prix d’une. G.é.n.i.a.l. Non mais, qui est le petit vite qui a pensé à ça. Prix Nobel. Right now.
– Bon, je vais y aller.
– C’est ça. Allez-y donc.
(C’est même pas une fiction. C’est arrivé pour de vrai, cet après-midi. Vous comprendrez que Suzon va continuer à travailler, un seul écran à la fois).
Aujourd’hui, c’était “portes ouvertes” au collège de mon village. On invitait les parents des élèves de sixième année à visiter ce qui pourrait devenir l’école secondaire de leur enfant l’automne prochain, moyennant, bien sûr, quelques gros chèques et une note de passage adéquate à l’examen d’entrée qui aura lieu dans deux semaines.
Drama Queen m’a semblé très intéressée et à l’aise dans les couloirs de sa probable-prochaine-école. Elle a même fait un essai de pyramide avec les filles de l’équipe de cheerleading C’est l’activité parascolaire qu’elle aimerait faire, bien sûr. Quoi ? vous la voyiez plutôt dans l’harmonie, à s’acharner sur une clarinette ? Non, ça c’était pour sa mère, la nerd, en 1972.
J’ai vraiment beaucoup aimé mon après-midi à rôder dans les couloirs de l’école. J’ai trouvé les jeunes inspirants et inspirés. J’ai vu des exemples de leurs travaux en art, en anglais, en histoire, en géographie. J’ai visité leurs laboratoires de sciences, leurs ateliers multimédias, leurs gymnases. Leurs réalisations, leurs projets étaient vraiment impeccables. J’essaie de me souvenir du local d’art plastique de mon collège et, tout ce qui me vient en tête, c’est une rangée d’horribles vases en poterie, mal tournés et mal émaillés; ou encore des petites planchettes de bois “gossées” avec des couteaux à bois; on appelait ça de la scuplture sur bois. Aujourd’hui, j’ai vu des dessins avec de la technique, de la perspective; des masques en papier mâché colorés et originaux, des oeuvres personnelles, du fusain, de l’aquarelle; de l’art quoi. J’ai vu les romans qu’ils ont à lire en français et en anglais (en anglais !) : des auteurs que je n’ai commencé à apprécier qu’à l’âge adulte, des choses sérieuses, osées. J’ai vu leurs comités étudiants: la radio, les organisateurs de voyages (voyages de ski ou à New York), la troupe de théâtre. Des choses qu’on n’a faites qu’à partir du cégep et, même, de l’université.
Cet après-midi, j’ai eu le goût de recommencer mon secondaire.
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Malgré son air “au-dessus de ses affaires” durant tout l’après-midi, ma Drama Queen a eu une drôle de petite réaction une fois de retour à la maison. Elle est allée ressortir ses Petshops que j’avais rangés dans des bacs Rubbermaid au sous-sol. Je l’ai entendue jouer durant une grosse heure. Elle prennait sa petite voix avec un accent français (pourquoi, quand ils jouent un personnage, les enfants québécois prennent-ils un petit accent français?). Elle leur parlait. Puis, ensuite, événement encore plus bizarre, elle est allée fouiller dans les vieux CD de son frère et a fait jouer les chansons de Caillou à pleine tête.
Malgré son petit air frondeur, Drama Queen a eu la frousse cet après-midi; elle a eu peur de grandir trop vite.
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Heureusement, le souper lui a un peu remis les idées en place. Après avoir englouti son dessert, elle est retournée à sa radio. Elle a regardé les vieux CD de musique pour enfants. Pffft. Mauvais rêve. Elle a appuyé sur la touche “radio”, a syntonisé 95,9 et a grimpé le son. Taylor Swift à tue-tête. Ma future cheerleading girl was back on the track.
Je me suis trouvé une belle cachette pour aller jouer à l’écrivaine: la bibliothèque municipale. Je la connaissais pourtant bien avant. J’y vais assez souvent avec les enfants pour leur trouver de quoi lire. Et depuis que je travaille quatre jours au lieu de cinq, mon budget “achat de livre” a fondu, pour ne pas dire disparu. Alors j’utilise ma carte moi aussi.
La dernière fois, je l’avais visitée de fond en comble et j’avais découvert de belles tables de travail près des murs, au bas de grandes fenêtres. Le bâtiment de la bibliothèque de mon village est très beau; c’est un ancien couvent qui date probablement de la fondation de la ville. Les fenêtres me semblent même d’origine: on ne voit pas très bien au travers des vitres. C’est à la fois moderne, car ils ont fait des rénovations, et très vieux. Ça donne une atmosphère de travail très agréable. J’y suis allée vendredi matin avec mon portable et j’y suis retournée cet après-midi. Et en plus, il y a un réseau wi-fi gratuit alors je peux recevoir et envoyer des courriels en travaillant ou effectuer des petites recherches sur Internet quand j’ai besoin. Les tables sont placées tout à côté de la section “référence” alors en plus, j’ai des dizaines de dictionnaires à portée de main. J’en ai d’ailleurs découvert des nouveaux (pour moi) comme celui-ci, ou celui-là.
Vous comprendrez donc que les choses avancent côté projet d’écriture. J’en suis rendue à la page 28, pour ceux ou celles que ça intéresse. Mais je me rends vraiment compte qu’écrire un roman, c’est vraiment un processus de construction ”brique par brique”. Cet après-midi, j’ai écrit une page en tout. Il y a une couple de paragraphes que j’aime bien mais d’autres bouts, quelques dialogues notamment, qui me plaisent moins et qui devront être corrigés ou tout simplement réécrits. Et je peux dire la même chose de chacune des pages que j’ai complétées à date. Imaginez à la fin. Mais, vous me connaissez, j’aime bien “gogosser”. Alors plaisir garanti pour les quarante prochaines années !
Mes projets d’écriture ont motivé le Docile à débuter, lui aussi, un roman. C’est vraiment très touchant. Quand il me voit à l’ordinateur (quand je ne suis pas dans ma cachette), il s’installe lui aussi au clavier. Son histoire est celle d’une petit garçon de dix ans qui vit au pays des Pokémons. Il m’a impressionné avec une phrase entre autres. Il décrivait un Pokémon en ces termes: “Il était bleu ciel sur le dos et blanc neige sur le ventre; ses moustaches étaient si longues qu’on croyait voir des fouets”.
Est le genre de musique et d’image hypnotisante qui me font du bien. Il y a quelque chose de reposant pour le cerveau là-dedans. Prochaine étape: méditation transcendantale.
I’m kidding of course.
Je préfère nettement traîner mon air bête au bureau et envoyer promener mon patron, klaxonner comme une hystérique au volant, engueuler les caissières du IGA et mettre les enfants au lit à7h30 pour ne plus avoir à les endurer. “Pourquoi maman ?” Parce que.