Publié par : suzon | 7 février 2010

Soir et matin

Je suis devenue vraiment quelqu’un de matinal. Quand j’étais très jeune, j’aimais mieux vivre le soir. Je me levais en fin de matinée, comme toutes les adolescentes dignes de ce nom (j’ai savourée mon adolescence jusqu’à 22 ou 23 ans), et je me couchais tard. J’aimais veiller jusqu’au Tonight Show ou Late Night with David Letterman et je ne sautais jamais un seul samedi de Saturday Night Live.  Après, je m’installais dans le vieux sofa fleuri du sous-sol et j’écoutais de la musique avec les gros écouteurs noirs qui me donnaient chaud aux oreilles. Je rêvassais jusqu’au petit matin à la lueur d’une grosse boule luminescente accrochée au bout d’une tige chromée et recourbée comme une queue de quenouille. Cette lampe jetait une lumière jaunâtre et plate sur les meubles et le bois du mur, façon préfini. Très très seventies. J’écoutais Carly Simon, James Taylor, Crosby, Still & Nash; c’était ma période folk (qui a suivi ma période Streisand, mais ça, c’est une autre histoire que je vous raconterai peut-être un jour, quand j’aurai le goût de rire un peu de ma personne).

Maintenant que l’éternelle adolescente en moi s’est éteinte, que j’ai deux enfants, un Époux, un travail et une chienne, je me lève tôt et quand je ne le fais pas, comme hier matin, je le regrette. Je m’étais levée au bout de mon sommeil, pourtant en pleine forme, vers neuf heures. Grâce grasse matinée ! J’avais des idées plein la tête. Sous la douche, les mots se bousculaient: j’avais envie d’aller écrire. Mais on était samedi matin, il fallait que je me retienne un peu. J’ai gardé toutes ces idées en stand by, dans le haut de mon cerveau, là où se loge ma mémoire vive. Car avant de m’installer au clavier, il y avait quelques brassées, une planche à repasser et une salle de bain crasseuse qui m’attendaient.

À l’heure bénie de l’apéro, après avoir complété mes brassées, fait disparaître les faux-plis et frotté lavabo, bain, céramique et vanité, je me suis enfin assise dans mon fauteuil bergère au tissu rayé. Tiens, celui-là même dans lequel je suis assise actuellement. L’Époux avait déjà commencé son oeuvre culinaire du samedi soir et il est venu m’apporter mon gin tonic (le dry martini, c’est seulement le dimanche) en s’exclamant: « Hostie que ça va être bon, hostie que ça va être bon »: j’humais déjà ce qui allait être bon: un byrani d’agneau avec cardamone, coriandre et « plein plein d’épices ». Le vin rouge a suivi le gin tonic. Puis le byrani s’est présenté, a accompagné le reste du vin et je me suis retrouvée caillée, après toutes ces victuailles, au fond de mon fauteuil bergère. J’aurais pu aller chercher l’ordinateur et me le planquer sur les genoux, mais la chaleur du disque dur roulant sur lui-même n’aurait fait que m’endormir davantage. De toutes façons, les mots géniaux du matin s’étaient évaporés. La mémoire vive de mon cerveau doit sûrement effectuer un reset automatique après la deuxième coupe de vin. 

J’ai donc mis le reveil à sept heures ce matin. J’ai trouvé ça un peu difficile, il n’y avait aucune bouscoulade de mots sous la douche vu le gin tonic et les deux coupes de rouge. Mais mon cerveau s’est mis à ronronner tout de même, à un moment donné, entre la buée chaude de la douche et ma dernière chaussette, que j’ai mise en sautillant.

Et je me suis enfin assise au clavier. Mon café était chaud. Il était bon. À la fenêtre, il y avait un grand ciel bleu d’hiver. La chienne, qui sait reconnaître le moment, était lovée sur mes cuisses, sachant que j’allais être tranquille pour un moment. La magie m’a rejointe. Elle m’a happée pendant deux heures. Deux heures de mots. De pur bonheur.

Publié par : suzon | 4 février 2010

New look

J’ai commencé ce blogue en janvier 2009. Ça fait maintenant plus d’un an. Au début, je ne savais pas où j’allais avec tout ça. J’avais consulté la blogosphère; j’avais beaucoup lu sur les blogues de mamans. Et il y en a beaucoup. Les dignes et indignes.

Après 12 mois, les choses ont un peu changé pour moi. Alors je change de look, un peu.

J’ai toujours besoin de vous parler de Drama Queen et du Docile. Comment faire autrement. Ils m’emplissent, moi et mes jours. Mais j’aimerais vous parler un peu plus de moi. De ma vision du monde. De mes découvertes. De mes lectures. De mes premiers pas dans ma nouvelle vie d’écrivante. Pas d’écrivaine, enfin pas encore.  

Alors exit les fleurs. Exit la maman (ou presque). Suzon repars en neuf. Me suivrez-vous ?

Publié par : suzon | 30 janvier 2010

Interlude sonore

Dimanche dernier, pendant que j’aménageais dans mon nouveau bureau du seizième, l’Époux est allé glisser au mont Avila avec les enfants. Voici vingt-deux secondes extraites de leur journée très très sonore. Baissez le son, si vous tenez à votre ouie.

Drama Queen est à gauche et le Docile, à droite. Au centre, c’est Laurianne, la fille de la cousine de l’Époux.

Publié par : suzon | 29 janvier 2010

Action de grâces

Je n’aime pas faire les choses aux dates prévues par le calendrier. Tenez, l’été dernier, à la fin d’un jour chaud et lumineux, j’ai pris mes résolutions du nouvel an. Je m’étais alors fait deux promesses, l’une pour le corps et l’autre pour l’esprit. Et aujourd’hui, au milieu d’un jour froid et poudreux, j’ai fait action de grâces. J’ai eu envie de dire merci.

Le bonheur me surprend toujours quand je ne m’y attends pas. Comme aujourd’hui, au mitan d’une journée très ordinaire: jour de ménage et de lessive. Mais, peut-être est-ce à cause du froid plus blanc que blanc, il faisait moins dix-huit ce matin, je me suis retirée dans ma bulle aujourd’hui. Pas mis le nez dehors. Pas écouté la radio non plus. Pas de nouvelles. Pas de réalité. Aucun tremblement de terre, aucune guerre, aucune politicaillerie. Que du bonheur avec mon iPod.

Il faut dire que j’avais commencé ma journée de belle façon en faisant craquer les pages d’un nouveau roman, assise à la cuisine, ma tasse de café à portée de main, à deux pouces du rayon de soleil qui traverse la fenêtre et éclaire la céramique du dessus de la table tôt le matin. J’aime bien commencer un livre, m’attarder sur l’incipit et, comme ça été le cas ce matin, être éblouie par une phrase. La laisser d’abord me surprendre, au fil de la lecture qui a pris son élan. Puis revenir sur mes pas, un paragraphe plus haut, s’approcher d’elle avec  anticipation et la relire lentement pour la savourer, comme un chocolat noir sur la langue que l’on sait receler un coeur coulant et sucré.

J’ai bien lu ces derniers temps et j’y ai trouvé l’inspiration et le plaisir dont j’ai tant besoin, après mes journées tapies au fond de mes tableurs excel: tous ces chiffres, tous ces calculs, toutes ces analyses sèches et stériles. J’ai lu le dernier roman de Toni Morrison. J’aime bien cette auteure. Elle me livre son univers à travers des lunettes de lecture: à proximité, tout est net, mais au loin, les contours sont flous, comme dans un rêve. Ses pages sont denses, remplies de paragraphes lourds qu’il faut lire lentement, pour ne pas manquer les phrases éblouissantes. Et ce matin, un nouveau bonheur, un auteur que je n’avais jamais lu même si j’avais, très souvent, vu ses nouveautés à librairie. John Updike. Je vous en reparlerai.

Mon bonheur d’aujourd’hui tient aussi à mes découvertes musicales. La trame sonore d’Avatar dont certains morceaux me transportent au coeur de la forêt fabuleuse et luminescente de Pandora. Et ce morceau, chanté par Alicia Keys, à la gloire de ma ville bien aimée. Concrete jungle where dreams are made of.  NYC.

J’ai passé ma première journée très facilement finalement. Malgré une nuit beaucoup trop courte, j’étais en relative forme pour mon premier jour dans mes nouveaux appartements très très corporatifs. Je suis arrivée à six heures, comme à mon habitude. Comme j’avais placé mes trucs dimanche, j’étais fully operational. Et assez fière de l’être car à partir de huit heures, quand le reste de l’équipe a commenceé à arriver: beding, bedang, les boîtes, le bruit, le chialage. Mon patron, celui qui est déprimé et qui a obtenu un bureau à l’autre extrémité du plancher, s’est promené toute la journée dans les couloirs comme un zombie. Il parlait peu. Il avait l’air d’un petit chien qui a perdu son maître. Je commence à m’inquiéter réellement pour lui.

Un autre de mes patrons a, paraît-il, envoyé un courriel épicé de bêtises et d’insultes à l’organisatrice du déménagement. La table est mise. Les prochaines réunions de direction vont être très agréables. Une chance que j’y participe pas. J’aime pas les chicanes.

J’ai été heureuse de constater que j’ai été capable de respecter mon horaire. Le petit bout de plus à faire jusqu’au centre-ville ne me retarde pas vraiment car je prends l’autoroute Ville-Marie et ça flye. Je vais donc pouvoir continuer d’aller chercher les enfants à leur sortie de l’école (bah, moyennant 10$ de parking par jour au Centre Bell – on a rien pour rien dans la vie).  

Vers neuf heures, on a eu droit au mimosa de bienvenue (qu’il a fallu siffler en cinq minutes, productivité oblige).  Notre gang est restée dans un coin, leur gang dans l’autre. Nos deux solitudes n’en finissent plus de s’éviter. Et on dirait qu’on ne s’harmonise pas très bien à leur décor beige. Mais bon, le temps fera sûrement son oeuvre et dans une quarantaine d’années, je devrais m’être fait quelques nouveaux amis.

Et demain est un autre jour.

Publié par : suzon | 24 janvier 2010

Le grand dérangement

Vous vous demandiez peut-être où j’étais passée depuis une semaine ? Rien écrit ici. Et rien lu de vos blogues non plus. Pas non plus facebooké.  J’ai peut-être placé un mot sur la grille Scrabulous avec soeurette (qui va me planter encore une fois). C’est la faute de la vraie vie. Les vrais affaires. Les enfants, les repas, la chienne, le dentiste, tout ça. Une chance que je ne twitte pas en plus. Je me demande d’ailleurs comment font les gens pour trouver le temps de Twitter. Cela me semble un tel bouffe-temps. Je refuse de commencer ça. Tout comme je refuse, depuis quelques années, je regarder les téléromans. Je ne veux pas me faire accrocher. Et c’est pourtant pas les bonnes émissions qui manquent. J’en entends beaucoup parler parci parlà: Mirador, Les parents, Dr House, Brothers & Sisters.

Non, une des choses qui m’ont beaucoup mobilisé la semaine dernière, c’est le grand dérangement: le déménagement du bureau vers nos nouveaux locaux really downtown. (René-Lévesque / Peel, c’est ti assez centre-ville pour vous autres?). Il a fallu manoeuvrer entre les heures facturables, les réunions, les dossiers urgents, les clients impatients et l’emballage de toutes nos affaires. Et c’est un peu comme lorsqu’on déménage à la maison: on se rend compte qu’on a ben trop d’affaires inutiles. Alors on essaie de trier un peu, d’en jeter et de classer la paperasse avec un minimum de cohérence. Même si, une heure avant le dead-line, on finit pas garocher le contenu de la dernière filière en vrac au fond d’une boîte.

Ce matin, je suis allée placer mon nouveau bureau. Je suis au 16e étage et j’ai la chance inouie d’avoir un bureau avec une fenêtre. Je n’ai donc rien pour me plaindre. Mais j’ai entendu entre les branches que demain matin, ça va chauffer. Notre président n’est pas du tout content de ses nouveaux appartements. Il est à l’autre bout du monde, dans un petit bureau de deux de pique, isolé du groupe. Et cet homme-là est celui dont je vous parlais l’autre jour. Il est déprimé, sa femme le quitte, des bosses lui ont poussé dans la gorge et bon, ça ne va pas très bien. Et un autre de mes patrons a reçu un bureau plus petit et nettement moins prestigieux qu’un simple employé de mon niveau hiérarchique. Et la plupart des analystes sont installés dans des cubicules, assez petits, alors qu’où on était avant, ils avaient tous leur bureau avec fenêtre.

Oooouuh, la grogne qu’il va y avoir ! Pour ajouter l’insulte à l’injure, là où on s’en va, avec le reste du bureau montréalais de la grosse compagnie from coast to coast, les petits symboles de statut sont très très importants et valorisés. Selon ton niveau hiérarchique et ton prestige dans la company, t’as un cubicule, un bureau fermé, un bureau avec une fenêtre, un bureau avec deux fenêtres, un bureau avec trois fenêtres ou un bureau en coin. Alors les analystes qui ont reçu un cubicule auront bien entendu la désagréable impression d’être perçus comme des trous de c**. 

Vive le changement.

Je vous en reparle demain.

Source de la photo: static.howstuffworks.com

Publié par : suzon | 15 janvier 2010

Tough love

Ce matin, autre crise avec Drama Queen. L’école est commencée depuis quatre mois et depuis quatre mois, chaque matin, l’Époux passe une demi-heure à essayer de réveiller Drama « marmotte » Queen et un autre 30 minutes à lui demander de sortir de la salle de bain.  À tous les coups, quand vient le temps de partir, elle s’élance à l’extérieur de la maison avec le manteau pas attaché, la tuque à la main alors que l’époux a déjà lancé le moteur et tape du pied. Bien-sûr, elle ne prend jamais le temps de déjeuner. « Pas faim ». Elle préfère les cheveux  »plats » à la nourriture.

Les vendredis, c’est moi qui les réveille et les amène à l’école. Elle me sert, à moi aussi, son horaire de vedette. Trente minutes à faire semblant de se lever et 30 minutes devant le miroir. Durant tout ce temps, je lui répète de se dépêcher, de venir manger avec nous, de s’assurer d’être prête à 7h40. Ce matin, à 7h39, elle était toujours dans la salle de bain. Elle nous fait souvent ce coup-là. Elle prend tout son temps et se fie qu’en bout de ligne, on va l’attendre.

Ce matin, je voulais briser ce pattern. À 7h40, j’ai dit au Docile: va t’installer dans l’auto, on part ! J’ai mis mon manteau, crié à la beauté fatale qu’il était 7h40 et qu’on partait, avec ou sans elle.

J’ai reculé l’auto pour sortir du garage et, une fois rendue dans la rue, au moment d’embrayer vers l’avant, je l’ai aperçue ouvrant la porte de la maison, le manteau pas attaché, la tuque dans la main, le sac d’école et la boîte à lunch volant au bout de son bras. Elle courrait pour nous rattraper. Tough ! 

 J’ai continué d’avancer et l’ai laissé là, sur la galerie, à me regarder avec son air hébété.

Je suis allée déposer le Docile à l’école. Pauvre lui, il était tout à l’envers. Je lui ai expliqué que je voulais donner une leçon à sa soeur. Quelquefois, il faut être dur et rigide pour avoir un effet. C’est notre responsabilité de parent. Il faut qu’elle s’y fasse, qu’elle croit que quand je dis qu’il faut partir à 7h40, c’est 7h40, pas 8h00.

Une fois le Docile à l’école, j’ai repris le chemin de la maison. J’y ai trouvé une Drama Queen avec les yeux rougis; pas paniquée mais un peu inquiète quand même. Sur le chemin vers l’école, j’ai essayé de lui expliquer pourquoi j’avais fait cela. Pourquoi c’est important de suivre les règles de la maison, celles de l’école aussi. Elle ne m’a pas semblé très intéressée par mon petit laius. Disons qu’elle est restée bien campée sur ses positions de pré-ado incomprise et abandonnée.

Peu importe me disais-je à ce moment-là. Elle va devoir expliquer ce retard à son enseignante. Elle va sûrement avoir une conséquence; des points perdus dans son dossier, un avertissement, une retenue. Quelque chose.

En entrant sur la propriété de l’école, vingt minutes après le début des classes, j’ai été surprise de voir qu’il y avait encore plusieurs autos de parents qui amenaient leurs rejetons. Ouf ! il y a beaucoup de gens en retard aujourd’hui ! Ça va chauffer ! La directrice va sévir!

Rien de tout cela n’est arrivé bien-sûr. Que voulez-vous, on n’est plus en 1967.

Aujourd’hui, les enfants peuvent arriver en retard en classe. La conséquence: une simple compilation du nombre de jours de classe manqués. L’enseignante n’a rien dit à Drama Queen. Elle s’est contenté de lui demander d’aller avertir la secrétaire qu’elle était arrivée (et qu’elle n’était pas absente finalement). Pas de points perdus. Pas de remontrance. Pas de sermont.

Quand j’ai pris ma Drama Queen à la fin de la journée, elle était de très bonne humeur. Plus rien ne paraissait de l’épisode du matin. Oublié comme la couleur de ses premières bobettes.   »Qu’est-ce qui est arrivé avec ton enseignante ? Qu’est-ce que tu lui as dit en arrivant ce matin ? » « Rien », m’a-t-elle répondu, « Qu’est-ce que tu voulais que je lui dise, elle a d’autres choses à faire que de demander à tout le monde pourquoi ils sont en retard ».

Bon.

So much for tough love. 

 Source de l’image: http://growabrain.typepad.com/growabrain/2008/01/great-clocks-of.html

Publié par : suzon | 14 janvier 2010

Ce soir, j’ai envie de vous parler

Mes billets s’espacent de plus en plus. Je ne sais plus quoi vous dire, quoi vous raconter. Il se passe beaucoup de choses pourtant; du moins dans ma tête. Mais je m’arrête souvent; je me censure.

Je cumule les conflits avec Drama Queen. Elle s’acharne à ne penser qu’à son image. Le week-end dernier, au chalet, elle avait vu « un beau gars ». Ça m’a bien fait rire. C’était le garçon de Francis, mon collègue de travail qui nous avait suggéré cet endroit parce que, lui même avait loué un chalet sur ce site ce week-end-là. Le dimanche matin, j’avais dit à ma troupe que je voulais avoir une petite heure à moi pour aller faire de la raquette une dernière fois. En revenant de ma randonnée en forêt, je suis allée me pointer à la patinoire sur le lac. Et qu’est-ce que je vois ? Drama Queen presque pas habillée (avec seulement son jeans « skinny », son manteau, ses gants et sa caquette en laine qui ne lui recouvre que le haut des oreilles), en train de jouer au hockey avec « le beau gars ». Elle aime mieux souffrir et geler comme un crotte que de devoir se montrer pas maquillée, pas bien habillée, pas à son meilleur. Ça me choque et ça me chagrine en même temps. Probablement que le « beau gars » en question n’a remarqué ni les »skinny » ni la casquette super bien positionnée sur ses cheveux étirés avec le fer plat que sa grand-mère lui a offert à Noël. Mais elle ne se rend pas compte de tout cela. Et peu importe ce que je lui dis, elle n’en fait qu’à sa tête, tout le temps. Elle ne va pas se coucher quand c’est le temps, elle pique des crises, ne veux jamais se laver, ou si peu, elle achale son frère con.ti.nuelle.ment. C’est un enfer quotidien. Au moment où on se parle, son ordinateur et son iPod  son confisqués et son père n’a plus une once de patience. Je ne sais pas où on s’en va avec elle.

Au travail, c’est same old, same old. Rien ne me stimule de ce côté, vous le savez. Je ne travaille que pour la paye. Même vous, après 20 ans d’études de marché pour implanter des magasins, des centres d’achat à tous les carrefours autoroutiers de la province, vous seriez écoeurés. Vingt ans de radotage, c’est long. Et puis le climat n’est pas très bon en ce moment; on déménage dans nos nouveaux bureaux really downtown la semaine prochaine. Tout le monde est pas mal stressé. 

Je délaisse mon blogue et je manque aussi d’inspiration pour le roman. J’ai écrit un peu durant les vacances de Noël mais pas autant que je l’avais planifié. Ça me fait un peu peur. On dirait que j’ai perdu ma flamme. Et c’est un peu de ma faute. Je n’avais pas dit à grand monde que j’avais commencé ce projet: vous, l’Époux, mes soeurs, Lili et ma copine Josée. Un matin, au bureau, un de mes patrons est venu me jaser. Il était un peu sur la déprime. Il est sur le point de divorcer; il a beaucoup de pression au travail depuis la fusion avec la grosse company from coast to coast  et, en plus, il a quelques problèmes de santé: des bosses qui lui poussent ici et là dans la gorge. Bref, on jasait de l’importance de vivre à plein (au lieu de perdre ses semaines à travailler pour des ingrats) et, de fil en aiguille, je lui ai parlé de mon roman. Qu’est-ce que vous pensez qu’il a eu comme réaction ? Il n’y a pas de marché au Québec, tous les écrivains crèvent de faim, bla, bla, bla. Et j’ai vu cette condescendance dans son regard; cette pensée qu’il a eu la politesse de garder pour lui: essaie toujours, amuse toi. Bien-sûr, je lui ai donné des arguments. Je suis tellement rationnelle, tellement analyste, je suis capable de faire semblant que rien de tout cela ne m’atteint :  »mais non ! » lui ai-de répondu, » je ne cherche pas à devenir écrivain à temps plein, pas du tout »  (même si oui, je le veux, je le veux),  »ce n’est qu’un hobby » (not!), « je vais toujours travailler en plus d’écrire dans mes temps libres, je suis réaliste ! »

Sauf que depuis cette discussion, le doute s’est installé. Il a réussi à briser ma fabuleuse armure. Est-ce que je me conte des bobards? Tout cela n’est pas un peu risible ? Écrire un roman. C’est long, c’est difficile. Et sait-on seulement si ce que j’écris est bon, même un peu ? La vie ne serait pas plus simple et plus facile si je n’étais pas toujours aussi insatisfaite de moi ? Pourquoi je ne me contente pas de regarder les téléromans, soir après soir ?

Et puis il y a le malheur des autres. Celui-là qui remet tout en perspective. Ce malheur qui frappe les plus déshérités de la planète et qui nous fait dire que Dieu n’existe pas. Ou que s’il existe, il est sourd. Ou qu’enfin, il n’entend rien au créole.

C’est triste de douter de soi. Mais le désespoir, sur une île ensoleillée, c’est bien pire.

Publié par : suzon | 10 janvier 2010

Un week end dans un chalet au Québec

Les oranges gèlent en Floride, la France a reçu de la neige jusqu’à Marseille et la Chine aussi est, semble-t-il, ensevelie. Pendant ce temps au Québec, un week-end froid tout ce qu’il y a de plus normal.

On avait réservé un chalet dans Lanaudière et on a passé une fin-de-semaine parfaite au grand air. Les enfants se sont dépensés, le ciel était du plus beau bleu et j’ai passé beaucoup de temps sur des raquettes à n’entendre que le crouche crouche de mes pas dans la neige. Vivifiant. J’ai pris quelques photos avec le Nikon.

Existe-t-il un ciel plus bleu que celui du Québec en hiver ?

Une de mes promenades dans les bois

Drama Queen et l'Époux ont beaucoup aimé le mur d'escalade sur glace. Le Docile et moi nous sommes abstenus.

Pendant que les uns escaladaient une tour de glace, les autres glissaient sur une face de singe.

Les tubes, au pied de la pente, en fin de journée

Une patinoire sur le lac, bien-sûr

L'hébertisme, l'activité préférée du Docile (il n'est pas sur la photo, je l'ai manqué!)

Pas de télé dans le chalet alors samedi soir, on a joué en famille

Deux belles paires de joues rouges

Publié par : suzon | 4 janvier 2010

Noël, Avatar et le Jour de l’An

Oui bon, les vacances ont passé beaucoup trop vite. J’ai repris le boulot ce matin et là, il est 19h30 et j’ai les yeux brûlants de fatigue. J’ai hâte d’aller me coucher. Mais les vacances ont été très belles. Ça me console.

On a passé le 24 chez papa avec un souper traditionnel franchement très bon. On a fait ce que le père aime le plus: on a jasé politique et réglé le sort du monde devant notre coupe de vin. Soeurette avait apporté un jeu de société qui est resté oublié dans son sac de plastique à côté d’un fauteuil du salon. Le 25, on est allés chez maman. On a apporté le lunch et la « boésson » avec nous car la mère n’a plus ni le goût, ni la capacité de recevoir. Bof, on s’en fout, on s’est retrouvés quand même et on a placoté en mangeant des petits sandwiches préparés par le traiteur. L’ambiance était très relaxante. Et la mère ne m’a presque pas tapée sur les nerfs. Le jour de l’an s’est passé dans ma belle-famille. Ça s’est passé comme d’habitude: trop de bouffe grasse et sucrée, trop d’affirmations gratuites d’un paquet et de ti-jos connaissants qui se font vivre par le système. Vous allez me trouver intransigeante mais j’ai ben de la difficulté à supporter le discours des cousines de l’Époux (et de leurs conjoints). L’une est hypocondriaque, ex-infirmière-auxiliaire en arrêt maladie depuis cinq ans en raison d’une prétendue hernie cervicale. Je sais qu’on est au Québec et que notre système de santé va mal, mais quand même, si hernie il y avait, il me semble qu’en cinq ans, un médecin aurait trouvé une minute pour lui régler son problème. Entre temps, elle se vante d’être constamment sur les narcotiques. La belle affaire. Surtout qu’elle n’arrête pas de donner des conseils « médicaux » à mon beau-père qui boit littéralement ses paroles. Je vous rappelle qu’elle est infirmière auxiliaire.  The blind leading the blind. L’autre cousine, je ne sais pas quoi en dire sans être méchante. C’est une obèse sur le bien-être social qui revient d’une semaine de vacances en République Dominicaine avec l’infirmière-auxiliaire-en arrêt-de-maladie-pour-une-épouventable-hernie-cervicale. J’en dirai pas plus. Et tout ce beau monde avec conjoints ne prend pas de vin; ils sifflent Coke et Pepsi l’un derrière l’autre. Très, très belle soirée. Belles discussions saines et intelligentes. On est partis de bonne heure.

Entre Noël et le Jour de l’an l’Époux, les enfants et moi sommes allés voir Avatar. Je sais que vous allez dire que je suis débile mais j’ai beaucoup aimé. Oui, oui, c’est très manichéen. Bah oui, on nous sert une gadoue de belles valeurs écologiques. Mais il faut passer par-dessus tout cela et voir avec nos yeux d’enfants le monde fantastique qu’a réussi à créer James Cameron. Je le trouve très fort ce cinéaste. Sous ses apparences de money maker se cache un véritable créateur: les personnages Na’Vi, la forêt fabuleuse, les animaux étranges et familiers à la fois. Je m’incline devant tant de créativité et de labeur.

Il y a un passage dont j’aimerais vous parler. À un moment, l’arbre-maison des Na’Vi se fait attaquer par l’armée des humains. C’est un arbre haut de plusieurs dizaines de mètres dans lequel vivent les habitants de cette étrange planète. Il est immense et grandiose. Quand le feu prend dans le haut des branches et que l’arbre fléchit sous l’effet des bombes, on voit tomber une pluie de feuilles, de tisons et de petits morceaux de bois vers le sol. L’image m’a frappée : je revoyais tous ces papiers et cette cendre qui tombaient du haut du Word Trade Center le 11 septembre 2001. Cet événement-là a très peu été digéré sur le plan artistique; on a vu que des perspectives directes: des reportages, des films réalistes, des films catastrophes et mélodramatiques. Mais rien de sublimé. Sauf ici, peut-être.  

Je fabule, c’est sûr. Mais j’aime à penser que j’ai entendu exactement ce que Cameron nous soufflait à l’oreille.

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